Quand le train ne fait pas grève (ni le train-train).
Voilà les coïncidences d’un jour l’autre : je suis rentré un soir avec trois heures de retard, bloqué dans un compartiment de train régional, faute à un étourdi qui avait oublié de vivre en voulant vérifier l’effet cinétique d’une locomotive électrique lancée à pleine vitesse sur sa tête, dans un virage habitué à ce genre d’exploit suicidaire, selon mon compagnon grisonnant d’infortune, assis en face de moi. « Croyez-moi, c’est mon cinquième. Il y en pour trois heures, pas moins. » La contrôleuse confirme que les cas augmentent la fin de l’année approchant ; l’opération pompiero-judiciaire de constat léthal est forcément longue ; il faut boucler le secteur, sécuriser les voies, réveiller le procureur, regrouper la maréchaussée, ramasser les morceaux épars. Sans oublier le sang et les cheveux collés sur le nez de la loco qui ne laissèrent plus aucun doute sur la nature de la collision à peine ressentie. Bref, je suis rentré à 2h30 du matin, j’aurais dû dormir sur place et rester auprès de ma douce, pas moyen de trouver un petit somme sur cette banquette étroite et trop ferme. L’habitué des suicides se fait bercer par Morphée ; je pense à la mèche arrachée qu’ils ne retrouveront pas sur les rails.
Le lendemain, je décide d’aller au cinéma me changer les idées ; j’aurais pu trouver mieux que de croiser la voie du dernier Gus Van Sant. Je vous conseille la scène du train, qui aurait pu être « coupée » au (dé)montage. Pas se quoi guérir sa paranoïa ferroviaire. Sinon le film est très beau, très « plastique », mais trop formaliste à mon goût (mais on ne va « couper » les ... cheveux en quatre). Moralité : faites attention en traversant les voies, on peut facilement écourter (et je pèse mes mots) son train-train de skatteur ou de déprimé banlieusard.
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